JOUR 1 > LONGYEARBYEN
- Eric Poulhe
- 31 juil. 2015
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 avr. 2020
Le voyage commence le 30 juillet entre la station de Paris Gare du Nord et le terminal de Roissy, quarante minutes debout, dans un RER bondé, avec le sac de voyage entre les jambes. Même dans le sens du flux le moins chargé, c’est une véritable épreuve qui demande de grandes qualités de patience et de résistance. Dire que certains le font tous les jours. Respect !
A l’arrivée à l’aéroport, la file d’attente au comptoir de la compagnie SAS est assez Kafkaïenne, avec une sorte de spirale qui se forme inexorablement autour des rangées de fauteuils, pour se refermer sur elle-même en boucle. L’enregistrement se passe sans problème bien qu’on m’oblige à passer les films photo sous les rayons X. Aucune négociation possible, il faudra attendre le retour et le développement, pour constater si les films sont voilés ou pas. Les deux escales à Stockholm et Oslo sont très agréables dans des terminaux bien plus accueillants et confortables que ceux de Roissy ou d’Orly.
Le survol de la Norvège se fait dans les nuages, mais le ciel se dégage à l’approche du Svalbard, permettant d’apercevoir sur la mer une multitude de points blancs que sont les icebergs à la dérive. La réservation en ligne d’un siège côté hublot sur la droite de l’appareil, s’est révélée la bonne option, me permettant d’admirer les reliefs enneigés puis dégarnis du Spitzberg à l’approche de Longyearbyen. A la descente de l’avion, la lumière du soleil de minuit est extraordinaire et mériterait de partir immédiatement en reportage photo. Ce sera pour le lendemain car la navette en bus attend. Après plusieurs arrêts aux différents hébergements de la ville, le bus me dépose à Nybyen, un peu à l’écart du centre-ville, devant la Guest House 102, un ancien lotissement de mineurs reconverti en gîte.





Je me retrouve bloqué devant la porte d’entrée avec une compagne d’infortune. La boîte aux lettres sensée contenir une enveloppe avec les clés est vide. Heureusement, est affiché un numéro de téléphone à contacter en cas d’urgence, qui décrochera en cette heure de la nuit avancée, même s’il fait plein soleil. En attendant le gardien des lieux, nous engageons la conversation, et j’apprends que cette fille sympathique, s’appelle Jessica, est suédoise, habite à Madrid, et qu’elle sera de l’expédition kayak à venir. Malgré cette première péripétie, le séjour se présente sous les meilleurs hospices.
Vu le temps qui s’annonce au grand beau, je décide de me lever vers huit heures, et de partir rapidement découvrir la ville avec mon appareil photo, après avoir pris un petit-déjeuner tout à fait correct.
Il ne fait pas froid. La température avoisine les dix degrés par un soleil resplendissant et un léger vent. La lumière est très bonne avec le soleil qui me chauffe le dos sur le chemin entre Nybyen et Longyearbyen. Les façades colorées sont typiquement scandinaves. Du bord de la route, on peut apercevoir les vestiges d’un ancien puits de charbon accroché au versant de la montagne, juste au-dessus du village.






Le centre-ville est traversé par une rue piétonne qui descend en direction du fjord et de la zone économique. On y trouve une petite galerie marchande, quelques bars et restaurants, ainsi qu’un bureau de poste et l’unique banque de l’archipel. J’y reviendrai pour déjeuner, et faire l’achat de deux tee-shirts pour mon neveu et ma nièce. La rue déserte à cette heure trop matinale, est ornée de deux statues qui témoignent du passé minier de Longyearbyen. La première, posée sur un rocher, représente un mineur casqué marchant avec ses outils dans les mains. La seconde en bois, représente un autre mineur, allongé sur le côté en train d’extraire du charbon avec une grosse foreuse.


Par sa taille modeste et sa configuration, la ville ressemble un peu à une station de ski en période estivale. Les pylônes en acier des remonte-pentes ont été remplacés par des doubles poteaux en bois, et les télésièges par des bennes de charbon vides toujours suspendues dans le vide.

Je descends jusqu’au bord de l’Advent Fjord en plein soleil et vois au loin un groupe de kayakistes qui file sur l’eau calme. Un voilier est au mouillage avec en arrière-plan, un cargo et un bateau scientifique reconverti en navire de croisière.




Chaque lotissement dispose d’un espace de verdure squatté par des scooters alignés dans l’herbe ou sur des planches en bois, avec leur lot de jerricans d’essence, en attente du retour de la neige prochaine.





Sur les hauteurs de la zone de d’activité en bordure de port, se trouve une ancienne installation minière actuellement désaffectée, datant de l’ère soviétique. Preuve en est l’inscription symbolique CCCP, gravée sur un charriot laissé à l’abandon. Les bennes de charbon sont encore suspendues aux câbles de la ligne aérienne, reliant le bâtiment minier aux installations du port distant de quelques kilomètres.
Même si la mine a fermé depuis plusieurs années, on a l’étonnant sentiment qu’elle est encore en état de marche. Sur le sol, trainent un manche de pioche, une barre à mine, un treuil à manivelle, quelques tourets de câbles évidés, et des caisses remplies de tiges filetées, de boulons ou d’écrous divers. On s’attend presque à entendre le vrombissement des moteurs et le cliquetis des câbles de la ligne aérienne au passage de chaque benne, avec les mineurs sortant du bâtiment prêts à rejoindre leurs postes de travail.








Il faut maintenant remonter sur Nybyen. Le briefing avec l’ensemble des participants est prévu à la Guest House 102 à quatre heures.
J’emprunte la route sur la rive gauche de la rivière en faisant une pause au cimetière parsemé d’une trentaine de croix blanches plantées à flanc de montagne.



La réunion a lieu dans la salle de détente, confortablement installés dans des fauteuils et canapés. Le groupe est constitué de cinq participants, deux filles et trois garçons, dont Calle, notre guide, suédois qui vit depuis huit ans au Spitzberg. Rule, norvégien, ancien commandant de la Royal Air Force, dispose d’une solide expérience d’activités de plein air. Il a plusieurs expéditions de haute montagne à son actif, et notamment l’ascension de l’Annapurna. Jessica, rencontrée la veille, est une ancienne salariée de Nokia qui, profitant de son licenciement après le rachat de Microsoft, est partie en voyage en Argentine et en Antarctique. Elle s’y est découvert une passion pour les baleines et tous types de cétacés. Miriam est une jeune biologiste allemande pleine d’entrain. Enseignante et chercheuse à l’université UNIS de Longyearbyen, elle termine son cursus PhD, avec comme sujet d’étude le plancton en zone polaire.
Après avoir fait mutuellement connaissance et fait part de nos attentes, Calle nous présente l’itinéraire prévu et le déroulement de l’expédition. Il nous délivre également les consignes de vie de groupe et de sécurité, notamment vis-à-vis de la faune et plus particulièrement l’ours polaire, qui fascine chacun d’entre nous. Nous espérons tous le rencontrer lors de notre périple.
Nous terminerons nos préparatifs à la base de la compagnie Svalbard Expedition proche du port. Après avoir vérifié tout l’équipement technique, nous bouclons les sacs étanches avec le ravitaillement pour une semaine. Les kayaks sont chargés sur la remorque et déposés à l’embarcadère du port, où nous embarquerons le lendemain matin pour la traversée de l’Isfjord en direction du Fjord Dickson.







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