FESTIVAL DE LA GACILLY
VILLAGE

FESTIVAL PHOTO DES COLLÉGIENS DU MORBIHAN > AU NOM DE LA MÉMOIRE : LA PHOTOGRAPHIE EN HÉRITAGE
En 2026, la photographie fêtera ses 200 ans d’existence. Deux siècles d’images, de regards et d’histoires qui ont façonné notre manière de voir le monde. À l’occasion de cette édition spéciale du Festival Photo des Collégiens, nous vous invitons à explorer la photographie comme un lien vivant entre le passé et l’avenir. Sous le thème « Nos héritages en images », les élèves ont été amenés à s’interroger :
- Que nous transmet la photographie ?
- Quelles traces gardons-nous du monde d’hier ?
- Que souhaitons-nous laisser derrière nous pour demain ?
- Avec les bouleversements technologiques, comment appréhender l’avenir de la photographie ?
La photographie, outil de mémoire et de transmission, raconte nos racines, nos histoires personnelles et collectives. Elle donne à chaque génération la possibilité de porter un regard nouveau sur le temps. À travers leurs créations, les collégiens deviendront à leur tour témoins de leur époque, en explorant ce que signifie « hériter » d’un monde en images et ce que l’on choisit d’en faire.
Sélection

Au nom de la mémoire À vos marques, prêts… Chronophotograpions ! # Vannes, France, 2026


Au nom de la mémoire Sublimer, témoigner ou réinventer la réalité # La Gacilly, France, 2026

Au nom de la mémoire À vos marques, prêts… Chronophotograpions ! # Vannes, France, 2026
Commentaire ♥♥♥♥♥
SEBASTIÃO SALGADO > CHASSEUR DE LUMIÈRE
Jusqu’au dernier jour de sa vie, qui s’est brutalement interrompue à 81 ans, Sebastião Salgado aura vécu pour et par l’image. Il n’était pas qu’un géant de la photographie internationale. Il était aussi un compagnon de route de notre Festival, exposant régulièrement à La Gacilly chacune de ses grandes fresques. Nous ne pouvions que lui rendre hommage. « C’est un chasseur de lumière dans un monde de ténèbres ». Le président brésilien, Lula da Silva, avait trouvé les mots justes pour résumer les cinquante ans de carrière de cet infatigable témoin de nos sociétés en mouvement.
Rien ne prédestinait pourtant à la photographie cet économiste de formation. Lorsqu’il quitte son Brésil natal, sous la coupe d'une dictature militaire, en 1969, il se réfugie en France avec sa femme Lélia, devenue son indéfectible collaboratrice. Il cherche alors un moyen pour servir la cause des populations les plus fragiles. Il choisit son arme : un appareil photo, et s'oriente, à ses débuts, vers des sujets sociaux, comprenant que l'image a le pouvoir de changer notre regard sur le monde. Les projets s'enchaînent et son style, si particulier, s'affine, avec des clichés puissants et contrastés, en noir et blanc, dans une écriture à la fois documentaire et poétique. Année après année, de voyages en succès, il compose une œuvre unique faite d'icônes intemporelles, un véritable condensé des dérives tragiques de notre époque, tant humaines qu'environnementales.
De 1977 à 1984, il parcourt l'Amérique latine. Puis il comprend que le monde industriel vit ses dernières heures de gloire : La Main de l'homme le mène dans vingt-six pays, où il s'attache à décrypter les derniers acteurs du travail manuel, des mines d'or dantesques de la Serra Pelada aux usines sidérurgiques de l'URSS. Les vastes mouvements migratoires bousculent les équilibres de notre planète ? Il se lance avec Exodes, principalement en Afrique, dans l'examen minutieux des rouages qui entraînent des populations entières à fuir les campagnes pour la ville, ou leur pays déshérité pour un eldorado utopique.
Mais cette humanité sombre, dénuée d'espoir, le bouleverse, l'étouffe. Il cherche la lumière, ces matins du monde baignés de pureté. Avec Genesis, il rend hommage aux territoires vierges et à la faune sauvage à l'écart de nos civilisations destructrices de la biodiversité. Enfin, c'est le temps du retour aux sources, avec son dernier travail sur l'Amazonie, une célébration des peuples autochtones, derniers gardiens de nos ressources naturelles. Découvrir cette exposition où il commente certains de ses clichés, c'est remonter un peu le temps et surtout s'interroger sur la fragilité d'une terre si belle que nous risquons de perdre.
Sélection

Church Gate Station Terminus de la Western Line, empruntée chaque jour par 2,7 millions de banlieusards se rendant à Mumbai. # Mumbai, Maharashtra, Inde, 1995

# Île de La Réunion, France, 1989

Deux phoques de Weddell (Leptonychotes weddellii) sur un iceberg dans le canal d'Errera # Près de Foyn Harbour, Île Enterprise, Péninsule Antarctique, janvier-février 2005

Church Gate Station Terminus de la Western Line, empruntée chaque jour par 2,7 millions de banlieusards se rendant à Mumbai. # Mumbai, Maharashtra, Inde, 1995
Commentaire ♥♥♥♥♥
CLAUDINE DOURY > SOLSTICE
« C’est le jour le plus long de l’année. Le jour où le soleil semble s’arrêter. La lumière inonde la terre et résonne sur les êtres, la vie renaît. Appelée Kupala chez les Slaves, Kupalès chez les Baltes, la nuit du solstice d’été est une célébration traditionnelle. Elle trouve ses racines dans des fêtes païennes étroitement liées aux forces de la nature et au culte du soleil. C’est le temps de la terre féconde et des rituels de fertilité portés par les incantations des femmes autour de l’eau et du feu. »
C’est ainsi que Claudine Doury décrit, de manière factuelle, cette narration photographique personnelle et imaginaire qui plonge avec douceur dans les légendes d’autrefois. Voyageuse empathique, cette artiste sensible n’a eu de cesse, depuis ses débuts, de documenter des régions comme l’Asie centrale, la Crimée ou la Sibérie.
Depuis dix ans, elle s’est rendue, chaque 21 juin, de Saint-Pétersbourg à Maloyaroslavets en Russie, sur l’île du lac Ives au Bélarus, ainsi qu’à Kaunas, Vilnius et dans les campagnes polonaises et lettones, pour témoigner de ce moment si particulier, auprès de ces peuples célébrant le retour de la lumière.
Les rites y sont immuables : l’occasion de parer les corps et les maisons de guirlandes de fleurs, de se purifier dans les rivières à l’aube, d’allumer des feux de joie dans une dimension liturgique et un rapport quasi-divin à la nature.
Claudine Doury découvre des rituels anciens, mais aussi les troubles et les griefs qui traversent notre monde contemporain : l’interaction entre le présent et la mémoire, le pouvoir créatif et révolutionnaire des femmes, la frontière fragile entre la transition et la perte, entre changements et nouveaux départs. « Je souhaite ainsi rendre compte des forces invisibles qui traversent les lieux et les êtres en ce jour unique », précise-t-elle.
Mystérieuses et délicates, ses images évoquent les forces invisibles qui parcourent ces lieux dans un crépuscule porteur de promesses. Elles interrogent la notion de racines et d’identité. Elles célèbrent également le pouvoir expressif et spirituel de la lumière, rendant ainsi hommage à la nature même de la photographie.
Sélection

Solstice Les incantations, Kupala # Lac Ives, Biélorussie, 2019

Solstice #

Solstice Les herbes magiques, Kupala # Lac Ives, Biélorussie, 2019

Solstice Les incantations, Kupala # Lac Ives, Biélorussie, 2019
Commentaire ♥♥♥♥♥
PIERRE LE GALL > HUMAIN, TRÈS HUMAIN
Pierre Le Gall, si discret que le monde de l’image l’a injustement oublié, se définit comme un adepte de la photographie buissonnière. « Il nous faut saisir au vol ces éclats de vie espiègles, partout offerts à tous et charmeurs de hasards, révéler des instants d’éternité », estime cet infatigable archiviste de la vie ordinaire. On trouve dans ses images l’improbable alchimie de la légèreté, de l’attention au détail et de l’humour.
Cette passion pour la photographie naît chez lui dans les années 1960, après avoir vu une exposition d’Henri Cartier-Bresson. En 1972, il reçoit le prestigieux prix Niépce à seulement 24 ans. Mais il n’a jamais souhaité en faire son « vrai » métier, préférant enseigner la philosophie.
Reste que sa passion ne l’a jamais quitté. Les yeux écarquillés, sans projet ni intention, sans artifice ni prétention, l’appareil toujours à portée de main, il nous offre depuis plus de cinquante ans une photographie spontanée qui dévoile la vraie vie, qui aère l’esprit et l’empêche de se prendre au sérieux, avec tous ces petits instants du quotidien pris à la volée.
Son œuvre prolifique, d’une humanité profonde, en noir et blanc, saisit une expression, un regard, un geste, une ambiance avec un brin de tendresse, où la gravité côtoie les situations cocasses et où le cérémonial s’accommode naturellement de la familiarité.
« Voyeurs sauvages, sans préjugés, éclairés par la grâce de l’enfance retrouvée, émerveillons-nous quand surgissent au détour du chemin l’inattendu, l’insolite, l’étrange… », écrit ce Havrais, né au Vietnam, qui a baladé son regard, bien au-delà de nos frontières. Il vit aujourd’hui à Saint-Jean-du-Doigt, dans le Finistère.
La Bretagne de Pierre Le Gall est une région où « la lumière et le vent se la coulent douce », dit-il avec malice. Et ces terres bretonnes, il aime les arpenter ; celles des villages, des côtes, des fêtes traditionnelles.
De quand datent ses photos ? D’hier ou d’aujourd’hui ? Qu’importe. Car notre homme aime les gens, tout simplement. Il les regarde vivre et sait se faire invisible pour dénicher « le fantastique caché dans l’ordinaire et le merveilleux qui se trouve au coin de la rue ».
C’est toute la grâce de cette intention qui fait de Pierre Le Gall un immense talent de la photographie.
Sélection

Le bonheur est dans le pré # Guimaëc, Finistère, France, 1975

Même sur la terre ferme # Léchiagat, Finistère, France, 1982

Un moment de lecture # 1973-1998

Le bonheur est dans le pré # Guimaëc, Finistère, France, 1975
Commentaire ♥♥♥♥♥
VINCENT MUNIER > LE CHANT DES FORÊTS
Pour un bon photographe, l’aventure commence en bas de chez soi. Cela tombe bien : Vincent Munier est un grand photographe qui, de plus, à réinventé l’imagerie animalière. À cette époque mondialisée où l’on prend un long-courrier comme on prend le métro, celui qui est devenu célèbre pour avoir documenté les loups de l’Arctique et les panthères des neiges a voulu, cette fois, revenir aux sources.
Avec son père naturaliste, Michel Munier, et son fils Simon, ils ont arpenté les forêts des Vosges de son enfance. Le résultat ? « Le Chant des Forêts », l’un des documentaires événement sorti l’hiver dernier, qui a conquis le public français jusqu’à être récompensé aux César en février 2026.
Grâce à l’affût, il a saisi la majesté et la beauté de nos territoires, tout comme la vie sauvage qui y subsiste : un oiseau minuscule posé sur une branche givrée, deux biches traversant une nappe d’eau dans la brume matinale, le cerf et son brame vibrant dans la vallée, un lynx furtif ou le grand tétras qui l’a si longtemps fasciné.
« Pour être capable d’apprécier la poésie du sauvage, l’enjeu est de retrouver une âme d’enfant et une faculté d’émerveillement. Il y a presque une dimension spirituelle là-dedans », raconte-t-il.
Munier ne chasse pas le spectaculaire à tout prix. Là où le plus grand défaut de la photographie animalière est celui de vouloir tout sensationnaliser à outrance, lui fait tout l’inverse. La patine de ses images, leur charme si particulier, naît de l’attente, du silence, d’une immersion totale dans un univers. Grâce à lui, on redécouvre ces espaces boisés et ces vallées à côté desquels nous vivons sans jamais vraiment les considérer.
En revenant aux Vosges plutôt que de partir au bout du monde, Munier ne réduit pas son horizon. Au contraire. Il rappelle que le sauvage et l’aventure ne se trouvent pas forcément aux confins de notre planète, qu’ils sont là, discrets et fragiles. Et que c’est en apprenant à se déconnecter, à simplement regarder et écouter la nature, à s’en émerveiller et à l’aimer que nous aurons – vraiment – envie de la protéger.
Sélection

Le chant des forêts Renard roux # Vosges, France

Le chant des forêts Cerf élaphe # Vosges, France

Le chant des forêts # Vosges, France

Le chant des forêts Renard roux # Vosges, France
Commentaire ♥♥♥♥♥

