top of page
_Affiche La Gacilly 2026.jpg

FESTIVAL DE LA GACILLY
MARAIS

_2 Marais.jpg

 

LEE SHULMAN, THE ANONYMOUS PROJECT > HORIZONS

 

« Je me représente souvent assis dans un train, le visage collé à la vitre, contemplant le paysage qui défile comme un long ruban. Je suis hypnotisé par l'horizon, cette ligne ondulante qui structure les éléments d’un décor sans cesse renouvelé. On s’attache souvent à décrire les changements qui se succèdent au premier et à l’arrière-plan mais c’est à cette ligne ininterrompue de l’horizon que s’accroche mon regard. C'est un pont réconfortant entre passé et avenir. Un trait immuable qui symbolise pourtant aussi l’imminence d’un nouveau départ. Il tranche souvent tel un couteau l’image en deux parties, qu’il renvoie dos à dos comme autant de visions du monde. » 
Lee Shulman, artiste créatif et généreux, définit ainsi ce nouveau projet présenté pour la première fois à La Gacilly. Depuis dix ans, ses visions imaginaires, souvent extravagantes, ont été exposées dans les plus hauts lieux de la photographie, d’Arles à New York, en passant par Séoul et Londres. 
Tout commence un peu par hasard, lorsque ce réalisateur britannique achète sur eBay une série de diapositives Kodachrome 35 mm, toutes prises par des anonymes. Saisi par ce qu’il nomme « la valeur émotionnelle de ces tranches de vie », il décide d’élargir l’audience de ces images. Il fonde en 2017 The Anonymous Project et se lance dans la constitution de l’une des plus vastes collections privées de photographies couleur amateurs du XXe siècle. Composée d’environ 800 000 diapositives Kodachrome, cet ensemble de clichés forme une incroyable mémoire collective ; des moments de vie perdus dans le temps, des images souvent drôles, surprenantes et touchantes, aussi fascinantes que saisissantes parce qu’imparfaites. 
Avec Horizons, il extrait de cet océan d’archives une sélection qui dépasse la simple nostalgie. Ces lignes de fuite deviennent le fil rouge d’une narration. Elles structurent des scènes ordinaires et relient les générations qui se succèdent devant l’objectif. 
L'horizon marin joue souvent sur un mode unique : une séparation monochrome entre deux éléments liés de façon inextricable. L'horizon terrestre, lui, offre souvent un contour plus dramatique et irrégulier, trompeur par rapport au calme relatif et à la stabilité qui y règnent. Le tout compose une toile de fond sur laquelle se déroulent nos existences. Ce fil tendu entre ce que nous étions et ce que nous serons. Un moyen subtil et amical de nous rappeler que nos routes cheminent toutes dans le même sens sur la trajectoire de nos vies.

 

Sélection

 

Commentaire ♥♥

 

ÉRIC GARAULT > LES GARDIENS DU VIVANT

 

Une exposition, mais quatre histoires. Pour documenter l’action de la Fondation Yves Rocher, qui soutient des programmes de reforestation dans le monde depuis 1991, le photographe Éric Garault, à la fois reporter et éminent portraitiste, s’est rendu au Togo, en Équateur, aux Pays-Bas et dans les campagnes françaises. Il y a rencontré des femmes et des hommes qui, dans des écosystèmes différents et face à des réalités diverses, cherchent et mettent en place des solutions où l’arbre est le vecteur central de leur action. 
Au Togo, petit pays d’Afrique de l’Ouest coincé entre le Ghana et le Bénin, les paysages verdoyants masquent une fragilité profonde. Pression démographique et raréfaction des terres poussent les agriculteurs à cultiver les rives du Zio, accentuant l’érosion et le risque d’inondations. 
En France, la disparition de plus de la moitié des exploitations agricoles depuis les années 1980 fragilise également le vivant. Avec elles déclinent oiseaux et pollinisateurs, parfois de 30 à 60 %. Face à cette érosion, de nouveaux modèles émergent. 
Aux Pays-Bas, où chaque mètre carré compte, chaque arbre fait aussi la différence. Sur ce petit territoire grignoté par la mer, avec l’une des densités de population les plus élevées au monde, l’agriculture est un héritage ancien qui doit aujourd’hui s’adapter : cultures hors-sols, surfaces libres rares et chères, eau qui se pollue et biodiversité comprimée, écrasée, fragilisée. 
Enfin, l’Équateur. Premier pays à avoir inscrit un « droit à la nature » dans sa Constitution, sa forêt n’en reste pas moins sous pression des ambitions pétrolières qui menacent des territoires précieux. 
À chaque fois, derrière les enjeux écologiques se dessinent des questions sociales. Car la sauvegarde de l’environnement ne peut se concevoir sans intégrer la question des populations qui y vivent. La Fondation Yves Rocher s’attache également à sortir des milliers de familles de la précarité et à améliorer leurs conditions de vie. 
Séparés parfois par des milliers de kilomètres, tous ces espaces naturels sont reliés par la force fragile de l’arbre, qui se réimpose et devient à la fois un rempart et une ressource, mais aussi – et surtout – un symbole. Celui d’un avenir partagé autour d’une conviction : planter, protéger et transmettre pour tenter de préserver le vivant et retrouver une harmonie durable entre les humains et leur terre matricielle.

 

Sélection

 

Commentaire ♥♥♥♥

 

INGMAR BJÖRN NOLTING > PARADOXES CLIMATIQUES

 

Les bons écrivains sont ceux qui parviennent à mettre des mots sur nos émotions. Les bons photographes, eux, font de même, mais avec des images plutôt que des mots. C’est exactement ce qu’a réussi à transmettre Ingmar Björn Nolting en s’attaquant à l’épineux sujet de l’accélération du changement climatique et aux ambitions allemandes en la matière. 
Le géant européen, l’Allemagne, souhaite devenir une nation industrielle climatiquement neutre d’ici 2045 - ce qui le placerait parmi les pionniers internationaux sur cette question : sortie définitive du charbon d’ici 2038, quinze millions de voitures électriques sur le territoire dans quatre ans et un développement massif des énergies renouvelables. Il s’agirait du « plus grand projet de modernisation et de sauvegarde de notre prospérité depuis la Seconde Guerre mondiale », selon Dirk Messner, président de l'Office fédéral allemand de l'environnement. 
Mais, comme partout, les bonnes volontés se heurtent rapidement au réel dès lors qu’il faut repenser et changer nos modes de vie. Un paradoxe international : malgré des sondages indiquant un large soutien à la protection du climat, celui du public s’étiole clairement lorsqu’il s’agit de mesures concrètes. Récemment, la dépendance au gaz russe, la crise énergétique qui en a résulté, les difficultés économiques et l'inflation ont exacerbé les dissensions. Cet essai photographique est un voyage au cœur du peuple allemand, divisé sur les enjeux climatiques mais à la recherche d’un certain consensus social. 
Comment photographier un paradoxe ? « Mon approche photographique s’appuie sur une observation et une recherche minutieuses », estime le photojournaliste. « À travers des compositions sobres et scéniques, je cherche à visualiser la relation entre les individus et leur environnement. » 
Le résultat est une séquence d’images qui, ensemble, construisent une narration complexe mais terriblement juste de la société et de ses dynamiques contraires. Un inventaire à la Prévert des paradoxes de notre époque moderne sur laquelle les prochaines générations porteront, sans aucun doute, un regard critique. Mais les travaux journalistiques, nuancés et complets comme celui d’Ingmar Björn Nolting, permettent de mieux les éclairer pour aider à comprendre les raisons qui poussent à agir - et celles qui nourrissent l’inaction. Et ainsi d’ouvrir un espace de dialogue, d’imagination et d’espoir pour, peut-être, pouvoir mieux anticiper l’avenir.

 

Sélection

 

Commentaire ♥♥♥♥

 

SIMON BRODBECK ET LUCIE DE BARBUAT > ILLUSIONS PHOTOGRAPHIQUES

 

Interroger les notions de mémoire et de perception en mêlant photographie et vidéo, rigueur conceptuelle et poésie : c’est ce que Simon Brodbeck et Lucie de Barbuat s’efforcent de faire depuis leur rencontre en 2005. Sonder le visible pourrait résumer leur approche. En se jouant des limites techniques et des codes établis, ils explorent et transforment le medium photographique. 
Leur travail dialogue autant avec l’histoire, la peinture — par ses compositions et ses jeux de perspective — qu’avec la photographie plasticienne ou le cinéma. Jouant avec l’espace-temps et la lumière, ils construisent des images où le réel dialogue constamment avec l’imaginaire. Attentifs à l’histoire de la photographie et à l’évolution des technologies, ils intègrent régulièrement des pratiques expérimentales ou hybrides afin d’interroger la manière dont ces innovations transforment notre rapport aux images et notre vie quotidienne. 
Pensionnaires de la Villa Médicis de 2016 à 2017, diplômés de l’École nationale supérieure de la photographie à Arles et de l’Institut national des langues et civilisations orientales, leurs travaux ont fait l’objet d’expositions dans de nombreux musées et instituts, en France comme à l’international.
Entre documentaire et fiction, l’œuvre de Brodbeck et de Barbuat propose une expérience contemplative. Les deux séries présentées dans cette exposition interrogent notre manière de voir et de consommer l’image. La première, Memories of a Silent world, réalisée entre 2008 et 2011, raconte un monde déserté par l’humanité : sur des sites de nos grandes mégapoles, le temps d’exposition, long de plusieurs heures, falsifie la réalité et ne laisse apparaître sur la photographie que des éléments immobiles. La seconde, Une Histoire Parallèle, une mise en abîme débutée en 2022, est une étude sur l’intelligence artificielle et les mécanismes du souvenir : les images iconiques entrées dans l’histoire de la photographie deviennent des « hallucinations », des anomalies, lorsque les clichés de Robert Capa ou Dorothea Lange sont générés par les IA génératives. 
Deux travaux qui nous rappellent que la photographie ne se contente pas de représenter le monde. Elle en modifie aussi profondément la perception.

 

Sélection

 

Commentaire ♥♥♥♥

 

JÉRÔME GENCE > AU-DELÀ DU RÉEL, LES MONDES VIRTUELS

 

Que devient une société où le seul horizon sentimental se conjugue au virtuel ? C’est ce qu’a essayé de montrer Jérôme Gence au Japon dans l’un de ses reportages. Dans ce pays, une étude de 2019 a estimé qu’environ 3,5 millions de citoyens âgés de 20 à 39 ans déclarent ressentir des sentiments amoureux pour des personnages d’animation ou de jeux vidéo. 
Autour d’eux gravite une industrie prospère : le marché des produits dérivés liés à cet univers virtuel représentait près de 6 milliards de dollars en 2023. Des agences spécialisées organisent ces cérémonies « au-delà des dimensions », attirant désormais une clientèle étrangère. 
Ce phénomène, qui paraît absurde, n’est peut-être pas si loin de se produire un jour chez nous. En France, 46 % des enfants français possèdent un smartphone avant 10 ans. Les écrans ne sont plus des outils : ils deviennent des milieux de vie. 
Le photographe Jérôme Gence ne juge jamais. Il montre pour comprendre. Depuis bientôt dix ans, il documente l’effacement progressif de la frontière entre le monde virtuel et le monde physique, ainsi que les conséquences des chevauchements de ces deux univers sur nos sociétés. Car derrière ces situations qui peuvent paraître absurdes se dessinent des questions beaucoup plus vastes, voire inquiétantes : celles de la solitude, de la pression sociale, des difficultés économiques et des sentiments de déclassement au XXIe siècle. 
À travers ces histoires, Jérôme Gence interroge un basculement : lorsque le lien social se dématérialise, que reste-t-il ? Et surtout, que devient une société qui apprend à aimer sans jamais se toucher ? « Un jour, je n’arrêtais pas de penser à ces mondes virtuels et à quel point je trouvais tout cela fou », racontait-il sur la scène d’une convention du National Geographic où il intervenait. « Et j’ai compris ce que ces fans ressentent : ils savent bien sûr que ces personnages virtuels n’existent pas. Ils ne sont pas idiots. Mais grâce à eux, à ces hologrammes, leur amour durera pour toujours. » 
Force est de constater que nous sommes happés, dans notre monde d’accélération technologique, par le défilé continu d’images, de posts et de vidéos sur nos smartphones. Lever les yeux de l’écran juste un instant, cesser de scroller à l’infini, retrouver sa capacité d’attention, regagner du temps de cerveau disponible, se reconnecter au réel, autant de problématiques abordées par le travail de Jérôme Gence. Pour les jeunes générations, c’est l’avenir de la société qui est en jeu.

 

Sélection

 

Commentaire ♥♥♥♥

 

JULIE BOURGES > CONTES DE LA PETITE MER ET DE LA GRANDE TERRE

 

Il y a bien longtemps, des fées furent chassées de la forêt de Brocéliande. Elles versèrent tant de larmes que se créa le golfe du Morbihan. On dit qu’elles y jetèrent leurs couronnes de fleurs. Et ces couronnes donnèrent naissance aux trois cent soixante-cinq îles du Golfe. Autant d’îles que de jours dans l’année. Trois couronnes s’aventurèrent même jusqu’à l’océan pour former ces terres du large. La plus belle des trois, celle de la reine des fées, engendra Belle-Île-en-Mer. Et les deux autres couronnes furent à l’origine d’Houat et Hoëdic. 
Depuis les temps les plus anciens, la Bretagne, et le Morbihan en particulier, perpétuent les légendes les plus mystérieuses, les plus étincelantes, les plus fantasmagoriques. Lorsque la nuit tombe sur la forêt de Brocéliande, il se dit que des personnages magiques sortent du fond des ruisseaux pour reprendre la place qu’ils occupaient avant l’arrivée de l’Homme ; que lutins et korrigans viennent danser autour des pierres levées ; que les âmes de la fée Morgane, de Viviane et des preux chevaliers arthuriens rôdent encore dans les sous-bois ; que les arbres centenaires se font l’écho des incantations de Merlin l’Enchanteur. 
Cette terre de contes, Julie Bourges a souhaité la revisiter pour cette commande initiée par le Conseil départemental du Morbihan. Lauréate, en 2023 du Prix « Résidence pour la photographie » de la Fondation des Treilles, cette photographe rennaise aime travailler entre récit mythologique et personnages contemporains, mettant en images des univers oscillant entre abstraction et onirisme. Fortement inspirée par Federico Fellini, Theo Angelopoulos ou Italo Calvino, elle élabore des scènes minimalistes, fragmentaires et intimistes qui laissent place à l’imagination. 
Pour cet essai photographique, Julie Bourges est partie à la rencontre des héritières de ces fées légendaires : des femmes d’aujourd’hui évoluant dans un univers hors du temps. L’occasion de réenchanter notre territoire. Osez-vous aventurer sur les sentiers forestiers, mais prenez garde : les racines au sol des vieux chênes ressemblent à s’y méprendre à des pattes de dragon.

 

Sélection

 

Commentaire ♥♥♥♥

 

LYS ARANGO > AU GUATEMALA, UN JOUR LES CHAMPS REFLEURIRONT

 

Nous prenons trop souvent pour acquis la terre et ce qu’elle nous donne. Au Guatemala, les sols s’épuisent et les hommes ont faim. 
Dans le « corredor seco », le couloir de la sécheresse qui traverse l’est du pays, les saisons se dérèglent, les pluies se font de plus en plus rares et les récoltes sont réduites à peau de chagrin. Le maïs, pierre angulaire de l’alimentation et de l’identité maya, ne pousse plus comme avant, et un enfant sur deux souffre de malnutrition chronique. 
Depuis 2019, la photographe espagnole Lys Arango documente cette crise silencieuse et structurelle, ainsi que les espoirs de tout un peuple pour revitaliser un monde naturel qui s’éteint. Dans cette exposition engagée, montrée pour la première fois au public dans sa totalité grâce au soutien du Prix Photo CCFD-Terre Solidaire pour la photographie humaniste et environnementale, cette photojournaliste, qui vit aujourd’hui à Paris, raconte, avec douceur et sensibilité – dans des couleurs dignes des grands peintres flamands : ce qu’il reste quand il n’y a plus rien à récolter. 
Pendant six ans, elle a suivi ces familles confrontées à ces absences : de pluie, de soutien, d’avenir. Certaines ont perdu des enfants ; d’autres ont envoyé les leurs sur les routes migratoires. Non pas par choix, mais parce que « rester, c’est mourir lentement ». 
Sans dramatisation à outrance, ce travail va au-delà d’un sinistre constat pour dévoiler aussi les solutions qui permettront de s’extraire d’une spirale infernale. La photographe s’attache à révéler ce qui subsiste, ce qui résiste, ce qui est encore là. Une démarche qui s’inscrit dans la durée et qui permet d’apporter des réponses. 
« Il ne s’agit pas de montrer la faim, mais ce que l’on fait malgré la faim », constate-t-elle. « Mon objectif est de donner corps à ces voix oubliées, de suivre les familles que j’ai rencontrées et de contribuer — à travers la photographie — à faire exister leurs luttes, non comme des exceptions, mais comme des formes de résistance et d’autonomie à part entière. »

 

Sélection

 

Commentaire ♥♥♥♥

© 2017 Eric Poulhe Photographie

bottom of page