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JULIE HASCOËT > MURS DE L'ATLANTIQUE

 

S’engager dans un chemin boueux, se faufiler entre les buis, percevoir un grondement entre deux cimes, avancer à tâtons et découvrir, avec stupéfaction, le battement d’une musique au cœur d’une clairière : c’est ici que se déroule la teuf. Un peu plus tôt dans la soirée, seuls les phares d’un convoi balisaient la route vers une destination floue. Le périple fut ponctué de messages codés, écrits ou vocaux, dévoilant par bribes l’emplacement à rallier. D’étapes en détours, un lieu finit par émerger, où le mur de son sculpte les contours éphémères de la fête clandestine. Dressée au pied des arbres, l’architecture compacte d’enceintes sera démontée puis transportée, telle une borne mouvante, vers d’autres sites : plage déserte, bâtisse abandonnée, vaste champ, voûte d’un tunnel.

Le mur, géant de métal et de rythme, s’élève autour d’espaces aménagés pour les heures à venir. Une bâche translucide, tendue entre quelques piquets, abrite de la bruine : on s’y retrouve tandis que les pulsations du kick résonnent, sourdes et régulières, tout près. On y vit un moment suspendu avant de rejoindre à nouveau le dancefloor, ses faisceaux et la masse dansante portée par la musique.

Surprise par la pâle montée du jour, la teuf révèle un tout autre paysage. Entre les arbres, un campement de caravanes apparait ; sur le littoral, un bunker échoué attire les regards ; les briques humides d’une usine à l’arrêt luisent sous le soleil naissant. La musique se déploie encore au milieu d’un lieu qui, peu à peu, vient habiter celles

et ceux qui l’ont foulé la nuit durant, comme un paysage de teuf inscrit en mémoire.

 

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Commentaire ♥♥♥♥

 

REBECCA TOPAKIAN > INFRA

 

Danser en suivant son propre rythme, sentir le mouvement d’un corps nous frôler, se tenir au plus près du son qui gronde. Les yeux à demi-clos, les teufeurs se penchent, se dressent, s’accoudent aux enceintes comme à leurs propres gestes, tour à tour amples, lents, à peine perceptibles. La musique guide les pieds qui écrasent le sol puis s’en détachent. L’obscurité s’installe, étrange moment suspendu où la foule se réduit à un souffle, à la chaleur d’une main posée contre l’épaule, au léger déplacement d’air signalant la présence à nos côtés d’un corps devenu invisible. Brusquement, les immenses colonnes de lumières tournent à pleine vitesse et frappent du sceau de l’éclair un fragment de scène : un visage surgit, figé dans une grimace ; un sourcil froncé, une tête penchée, deux silhouettes accolées jaillissent comme un éclair.

La musique vibre, le mur crache, tout s’agite. Les silhouettes continuent d’apparaître comme des formes arrachées à la masse, composant un décor évanescent de gestes brefs et d’états passagers. Immergés au cœur de ce battement entre ombre et éclair, nous sommes soudainement saisis par une attitude, un acte, dont il ne reste qu’une image. Éminemment visuelle, l’expérience mobilise la perception de chacun. Entre ce que l’on voit et ce que l’on ressent, la frontière se brouille : saisis au vol par le rythme et la lumière, les corps dansants résonnent à la fois avec le paysage nocturne de la fête et avec notre propre intériorité, devenant des corps images qui s’impriment en nous comme les fragments d’un rêve éveillé​.

 

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CHA GONZALEZ > ABANDON

 

Après avoir franchi les portes d’une bâtisse abandonnée, l’air change brusquement d’épaisseur. La lumière se compacte en un éclat laiteux qui enveloppe le dancefloor où des corps se meuvent, pris dans un tempo assourdissant. À mesure que l’on avance, les faisceaux rouges, verts ou bleus révèlent un univers saturé de gestes exaltés, de voix, de sueur et de chaleur : des torses se dénudent, des postures oscillent, entre deux beats. En se frayant un passage vers le mur de son, on traverse une foule qui dévoile une diversité d’apparences : visages striés de Maquillage, paillettes, tissus légers, fragments de dentelle ou de cuir, piercings, tatouages et mèches colorées surgissent au rythme des effets visuels. Les images projetées glissent sur les peaux, surfaces provisoires où s’impriment les jeux de couleurs et de formes, jusqu’à dessiner les contours d’une expérience immersive. L’identité y prend une forme instable, entre exposition de soi et dissolution dans le collectif.

En plein air, le décor change mais l’élan demeure : un champ, une friche ou un terrain vague se transforme en panorama vibrant. La distance entre le dancefloor et les arbres s’abolit au profit d’un flux de sons et de mouvements qui traverse l’ensemble du site, de l’herbe sèche au ciel de l’aube. Les teufeurs piétinent le sol poussiéreux, éprouvent la fraîcheur de l’air et la sonorité jouée. Au petit matin, les traits sont tirés, les vêtements portent les marques de la nuit. L’espace se resserre : ici, des silhouettes infatigables près des enceintes, là des corps étendus ou des conversations murmurées. Plus tard, le souvenir d’un rayon de soleil, d’un visage aperçu ou d’une odeur de béton chauffé subsistera comme la trace d’un paysage intime où la fête continue de résonner​.

 

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© 2017 Eric Poulhe Photographie

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